Le choix de la perspective evidence-based (EB) repose sur la conviction que toute forme d’interprétation — quelle que soit la discipline — doit être proportionnée aux données disponibles. Ce principe est commun au management fondé sur les preuves, à la comptabilité, au droit des contrats et à la critique textuelle. De même que les notes aux états financiers doivent découler d’événements économiques documentés, et qu’un contrat comptable repose sur des obligations et des faits clairement définis, l’interprétation du texte biblique devrait être fonction des données et non de présupposés préalables. De façon analogue, en médecine clinique, un simple rapport de cas ne peut prévaloir sur les résultats d’études multicentriques ; la solidité d’une recommandation thérapeutique demeure proportionnée à la qualité et à la quantité des preuves.
EBBS représente une tentative d’appliquer systématiquement la logique fondée sur les preuves au domaine des études bibliques. Dans cette approche, le sens n’est ni le produit d’une spéculation autonome ni la simple conséquence de la tradition, mais le résultat d’une mise en balance des témoins manuscrits, des données linguistiques, du contexte historique et de la réception. La force d’une interprétation reste proportionnée à la force des preuves. Là où les données sont stables et cohérentes, la conclusion peut être sans ambiguïté. Lorsque le texte demeure incertain, en revanche, les conclusions doivent être formulées avec le degré de prudence approprié. On estime que les passages véritablement incertains du texte du NT représentent environ 1 % de l’ensemble ; c’est dans cette zone limitée que la pondération transparente des variantes et la définition explicite du niveau de certitude deviennent particulièrement importantes.
Le déséquilibre entre affirmation et preuve favorise la production de récits pseudoscientifiques et de factoids, où des variantes marginales ou des hypothèses faiblement étayées par les sources sont élevées au rang de « découvertes » sensationnelles. Un mécanisme analogue s’observe dans le domaine des pseudothérapies, où des témoignages anecdotiques isolés remplacent les études contrôlées, et où une narration émotionnelle forte masque l’absence de données fiables. Dans de tels cas, la conviction précède la preuve, et non l’inverse. Les pseudothérapies recourent souvent à un langage d’apparente scientificité, citant sélectivement des recherches ou des cas isolés de réussite sans exposer le contexte complet ni la qualité des sources. Il en résulte une inflation des affirmations en l’absence de preuves solides. EBBS s’oppose à cette logique en adoptant le principe d’une pondération explicite des données et d’une proportionnalité des conclusions à leur fondement empirique.
En ce sens, le choix du sujet n’est pas simplement une décision théorique, mais un manifeste méthodologique. EBBS rappelle que la crédibilité d’une interprétation ne dépend pas de sa force rhétorique, mais de la relation transparente entre les données et la conclusion. Là où la solidité de l’interprétation est équivalente à la solidité des preuves, la réflexion scientifique conserve son intégrité.
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