Qu’est-ce que le principe d’harmonisation différée (ZOH) ?

Dans le cadre de l’Evidence-Based Biblical Studies, le Principe d’Harmonisation Différée stipule que l’interprétation ne doit pas précéder l’analyse des données. Comme dans une enquête médico-légale, la reconstruction n’intervient qu’après la sécurisation et la description des preuves. Appliqué aux études bibliques, cela implique une séparation claire entre la traduction et l’interprétation. L’étape de traduction repose exclusivement sur des données primaires : syntaxe, sémantique historique, contexte immédiat de la péricope et variantes manuscrites. Les contextes canoniques, intertextuels et traditionnels sont considérés comme secondaires et ne peuvent éclairer l’interprétation qu’ultérieurement, sans modifier le texte de base. L’harmonisation est donc différée, non rejetée. Les tensions et divergences textuelles sont conservées comme des données significatives, protégeant le processus contre le biais de confirmation et les présupposés rétrospectifs de cohérence.

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Éléments procéduraux clés du Principe d’Harmonisation Différée (ZOH)

1. Primauté des données sur l’interprétation

Le processus analytique commence par l’identification et la description des données textuelles disponibles. À ce stade, les présupposés issus de théologies ultérieures, de la formation du canon, de systèmes doctrinaux ou de récits interprétatifs établis sont explicitement exclus. Les données sont considérées comme épistémiquement primaires et ne doivent pas être subordonnées à un sens préalablement supposé.

2. Séparation des étapes analytiques

Le ZOH introduit une distinction claire entre l’étape de traduction et celle d’interprétation. La traduction a un caractère descriptif et analytique, tandis que l’interprétation est synthétique et orientée vers la formulation d’hypothèses. Les conclusions interprétatives ne doivent pas influencer ni modifier les décisions traductives.

3. Restriction aux données primaires

Durant la traduction, le chercheur opère exclusivement à partir de données locales : syntaxe, sémantique historique des unités lexicales, contexte immédiat de la péricope et variantes manuscrites. Ces données fonctionnent de manière analogue aux preuves sécurisées dans une enquête médico-légale et relèvent de la documentation plutôt que de la reconstruction narrative.

4. Report de l’élargissement contextuel

Le contexte canonique, les traditions parallèles, le développement théologique et l’histoire de la réception sont intentionnellement suspendus jusqu’à la phase interprétative. Leur utilisation n’est permise qu’après l’établissement et l’analyse du texte de base, et ne doit pas interférer avec la couche linguistique de la traduction.

5. Interdiction de l’harmonisation corrective

L’harmonisation ne doit pas fonctionner comme un mécanisme correctif. Elle ne peut être utilisée pour éliminer des tensions, standardiser la terminologie ou aligner le texte sur un récit théologique cohérent. L’harmonisation remplit une fonction explicative, non normative.

6. Préservation des tensions et des divergences

Les divergences entre textes, variantes ou traditions ne sont pas considérées comme des défauts, mais comme des données analytiquement significatives. Ces tensions peuvent révéler des processus rédactionnels, des contextes communautaires distincts ou des évolutions conceptuelles, et doivent donc rester visibles plutôt que d’être résolues prématurément.

7. Transparence et auditabilité des décisions

Chaque décision de traduction et d’interprétation doit pouvoir être rattachée à des données explicites et à des critères clairement énoncés. La transition entre l’analyse des données et l’interprétation doit être progressive, transparente et ouverte à la révision, à la correction ou au rejet.

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